GETHAN&MYLES 

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Conservation
Musée Gassendi, Cairn et Musée Promenade, Digne les Bains, 2016-17

Œuvre participative : 14 mois; 120 participants; quatre strates… Divers ateliers (anthotype, écriture et randonnées ‘marcheur-cueilleur’) ; exposition de cyanotypes (photos, photogrammes et textes) et de conserves (fruits récoltés collectivement dans villages abandonnés) ; land-art éphémère collectif ; sculpture in-situ dans cascade pétrifiante

Conservation : de la nature, du patrimoine, d’une identité... l’homme - le grand destructeur - a, paradoxalement, longtemps cherché à protéger et à préserver. Status quo ! Solidité des choses ! Cette volonté de maintenir les éléments dans un état constant nous fascine. Peur ? Hubris ? Bonté ? Certes il est important de sauvegarder, mais comment résister au mouvement, à la mutabilité des choses ? Le fleuve coule. Le temps passe. Naissance, trépas. Naissance, trépas... And so it goes. Et pourtant l’homme s’obstine devant l’énormité du temps : c’est bête, fou, et beau.

Conservation est une œuvre participative construite avec le CAIRN, le Musée Gassendi, les jardinier.e.s solidaires d’À Fleur de Pierre, le Centre de Réfugiés de Champtercier, les habitants de Digne, et les paysages et montagnes autour. Conservation est une œuvre participative construite avec l’eau, le soleil, la terre, le temps et la parole des dignois. Il s’inspire de Digne et de ces habitants (nouveaux et de longue date), pour explorer et exploser frontières et mouvements : entre ‘ici’ et ‘là-bas’; ville et nature ; nature et homme ; végétal et minéral ; passé et présent.

Les artistes ont organisé des randonnées « marcheur-cueilleur » vers des sites abandonnés où la véritable trace de l’homme ne se trouve pas dans les briques posées, mais dans la terre plantée. Ensemble, les groupes ont récolté les fruits qui continuent de pousser, longtemps après la disparition de ceux qui les ont cultivés, et ils les ont conservés en confitures, gelées, chutneys, eaux-de-vie, conserves. Au fil du parcours, gethan&myles ont également recueilli anecdotes et souvenirs auprès des 120 co-créateurs. Ces récits évoquent les plantes - fruits, fleurs, arbres, épices - qui ont laissé leur empreinte, leurs racines, dans la mémoire de chaque participant. Ils sont un portrait de Digne - et de ses terres.

L'exposition se présentait comme une constellation d'histoires et de souvenirs, fruits de multiples rencontres avec des lieux, des personnes et leurs expériences individuelles et collectives. Elle parlait de croissance et de changement, de traces et de transitions. Des cyanotypes (un procédé photographique ancien prisé par des botanistes du XIXe siècle) ont été réalisés sur les flancs des montagnes et dans des villages abandonnés, exposés et développés par la lumière et l'eau de la région. Ces cyanotypes nous renvoient à l'univers de la mémoire, au désir de figer et de préserver l'image d'un lieu et d'un moment précis. Ils étaient accompagnés d’œuvres textuelles, fragments d'échanges avec les co-créateurs.

Pour gethan&myles, le processus de création et l'expérience des participants sont indissociables de leur travail. Alchemies #1-7 / jam tomorrow sont des transformations collectives : différentes conserves élaborées à partir de fruits cueillis lors de randonnées collectives vers des sites abandonnés et leurs vergers. Quintessence de soleil et d'eau, de géologie et de l'énergie vitale qui fait germer la graine, ces alchimies évoquent le passé récent de ces lieux – où hommes et femmes ont dû lutter pour survivre face à une nature à la fois généreuse et impitoyable, et qui survit bien après leur disparition.

La co-création est également au cœur des deux installations qui relient l'espace d'exposition aux jardins du Musée Promenade. La première, Anthologie (de « anthos », fleur, et « logia », collection), est un cyanotype grand-format composé d'anecdotes et de souvenirs liés aux plantes – fruits, fleurs, arbres, épices – partagés par chacun des participants au projet. Un portrait de groupe riche et complexe, peint avec la terre et les plantes qui l'habitent. La seconde, Florilège, est une sculpture lumineuse en plexiglas, gravée à la main des noms de toutes ces plantes et installée dans une cascade pétrifiante au Musée Promenade. Faisant écho aux anciennes encyclopédies botaniques exposées au Musée Gassendi, ces mots – qui apparaissent et disparaissent au gré de l’eau et du soleil – flottent entre taxonomie et mantra ; poème de la terre et de l’humain. Grâce au passage du temps et à l’eau riche en calcite de ce site remarquable, cette présence « artificielle » se transformera en pierre en quelques années. La nature, la terre, la roche elle-même, l’engloutiront. Il ne nous reste plus qu’à attendre, à laisser l’eau et le calcaire agir : temps géologique à l’échelle humaine ; fugacité humaine à l’échelle géologique.

Pour clore le projet, gethan&myles ont choisi l'équinoxe d'automne (« la journée de l'égalité ») pour réunir nombre des participants et bâtir une construction en pierre sur la rivière à l'entrée de Digne. Cnut’s causeway / Famine wall #5 était une œuvre de land-art éphémère, orientée est-ouest, réalisée collectivement en une seule journée, avec trente paires de mains, neuf nationalités différentes et une multitude de pierres. La construction de ce mur, frontière vouée à être franchie, a servi à réunir les co-créateurs une dernière fois. Quelques semaines plus tard, la crue automnale l'avait entièrement emporté. Pour Jean-Paul Cheylan, dans les airs dans les terres, RIP.
Conservation 2016-17
Musée Gassendi, Cairn and Musée Promenade, Digne les Bains

Large-scale participatory project: 14 months, 120 co-creators, four layers… Multiple workshops (anthotype, writing and “walker-gatherer” hikes); exhibition of cyanotypes (photos, photograms and participatory text works) and jams/conserves (from fruit gathered collectively at abandoned villages); collective ephemeral land-art; in-situ sculpture in petrifying waterfall

Conservation: of nature, of heritage, of a national ‘identity’... Paradoxically, man - the great destroyer - has long sought to protect and preserve. This desire to maintain the elements in a state of constancy fascinates us. Fear? Hubris? Human kindness? Naturally, it's important to safeguard, but how to resist movement, the mutability of the world? The river flows on (calmly or otherwise). Time passes. Birth, death. Birth, death. Birth, death… and so it goes. Yet, faced with the enormity of time, we dig our heels in and push against the tide: foolishly, madly, beautifully.

A participatory art-work constructed with local community gardeners, the Champtercier Refugee Centre, the inhabitants of Digne and the landscapes and mountains surrounding the town, Conservation explores and explodes borders and movements: between ‘here’ and ‘there’; city and nature; nature and man; vegetable and mineral; past and present.

The artists organised group ‘walker-gatherer’ hikes to abandoned sites where the true trace man leaves behind is not in the bricks, but in the earth. Together, the groups harvested the fruits which continue to grow, long after the passing of those who planted them, and preserved them – in jams, jellies, chutneys, eaux de vie, conserves. Along the way gethan&myles also gathered anecdotes and memories among the 120 co-harvesters. These stories recount the plants – fruits, flowers, trees, spices – which have left their mark, their roots, in the memory of each participant. They are a portrait of Digne. And its land.

The exhibition presented itself as a constellation of stories and memories, the result of multiple encounters with places, people, and their individual and shared experiences. It talked of growth and change, traces and transitions. Cyanotype (an early photographic procedure popular with 19th century botanists) photograms were created on mountainsides and abandonned villages using the sun and the water of the region. These cyanotypes refer us to the universe of memory, to the effort to stop and preserve the image of a precise place and time. They were shown with fragments of exchanges with our fellow creators.

For gethan&myles, the process of creation and the experience of the participants are an integral part of the work. Alchemies #1-7 / jam tomorrow are collective transformations: a variety of conserves made from fruits gathered during our group hikes to abandoned sites and their orchards. Quintessence of sunlight and water, of the geology and vital energy that brings seed to fruit, these alchemies evoke the recent past of these places - where men and women had to fight for survival in the face of a nature that was both generous and merciless, and which lives long beyond them.

Co-creation is also integral to the two installations that connect the exhibition space to the gardens of the Musée Promenade. The first, Anthologie (from anthos, flower, and logia, collection), is a large-format cyanotype made up of anecdotes and memories about plants - fruits, flowers, trees, spices - from each of the project’s participants. A rich and tangled portrait of a people via the land and the plants that inhabit it and them. The second, Florilège, is a luminescent perspex sculpture, hand-engraved with the names of all these plants and set in a petrifying cascade at the Musée Promenade. Echoing the old botanical encyclopedias exhibited elsewhere in the Musée Gassendi, these words - which appear and disappear with the movement of water and the sun - float between taxonomy and mantra; a poem of the earth and of mankind. With the passage of time and the calcite-rich water of this remarkable site, this ‘manmade' presence will become stone in a matter of years. Nature, soil, the very rock itself, will engulf it. All we have to do is wait, and let the water and limestone act: geological time on a human scale; human transience on a geological scale.

To close the project gethan&myles chose the autumn equinox (‘the day of equals’) to reunite many of the participants and build a stone folly across the river at the entrance to Digne. Cnut’s causeway / Famine wall #5 was an east-west, ephemeral land-art built collectively over the course of one day, with sixty hands, nine nationalities, and a lot of rocks. Building this wall, a border that was destined to be breached, brought everyone together one last time. Within weeks the autumn river swell had entirely washed it away. For Jean-Paul Cheylan, in the air and in the soil, RIP.
 
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